déc
9
Le rapprochement des communautés tchèque et vietnamienne par une mystification littéraire ?
Catégorie Brèves CZ, République Tchèque | Laisser un commentaire
Sources : novinky.cz, hn.ihned.cz, rozhlas.cz
Les Tchèques se plaisent dans la mystification. Après le scandale de l’Entropa, mosaïque qui aurait dû être composée par des artistes de l’Europe entière et qui s’est révélée être l’œuvre d’un seul artiste tchèque, suit «la plus grande mystification littéraire» de ces dernières années. L’écrivain tchèque Jan Cempirek a écrit un livre sous l’identité d’une jeune Vietnamienne, Lan Pham Thi. Le roman a remporté le prix littéraire de la maison d’édition Knizni klub qui l’a ensuite publié. La vraie identité de l’auteur vient d’être révélée par le quotidien Pravo.
Lan Pham Thi, l’auteure supposée du livre, communiquait avec les journalistes par e-mail à partir de la Malaisie où Jan Cempirek l’a faite partir pour poursuivre ses études. Pour rendre l’identité de Lan Pham Thi plus fiable, il a demandé à une jeune Vietnamienne de sa ville de tourner une vidéo de remerciement. «Je savais que j’allais faire partie d’une mystification mais je ne me doutais pas que l’affaire deviendrait aussi célèbre. Je voulais aider l’écrivain», confie Te Thi Hom Nghu qui jouait dans la vidéo.
Le livre récompensé, Cheval blanc et dragon jaune, raconte la perception de la société tchèque par une jeune Vietnamienne née en République tchèque. Lors de l’attribution du prix, le jury s’est félicité de la contribution des minorités ethniques à la littérature contemporaine tchèque. La révélation de la vraie identité de l’auteur nécessite donc de se poser des questions: «S’agit-il d’une mystification volontaire ou d’une publicité?», s’interroge Pravo. Comme dans le cas de l’Entropa, certains désignent l’auteur de «manipulateur dangereux», alors que d’autres le félicitent d’avoir réussi à se payer la tête du monde littéraire tchèque.
Jan Cempirek s’explique ainsi: «Je me suis inspiré de Boris Vian et de son livre J’irai cracher sur vos tombes, publié sous le pseudonyme d’un écrivain noir. Ainsi, il a joué un tour aux critiques français qui ont chanté ses louanges. On n’a pas eu de mystification littéraire de ce type depuis longtemps et je voulais attirer l’attention sur la vie de la communauté vietnamienne». En effet, les relations entre ces deux communautés, qui vivent côte à côte depuis plusieurs décennies, restent très froides. Le geste de Jan Cempirek peut donc être interprété comme la volonté d’ouvrir un dialogue. D’ailleurs, il poursuit dans cette logique et affirme avoir offert les 50.000 couronnes tchèques (environ 2.000 euros) qui accompagnaient le prix littéraire à la publication d’un dictionnaire tchéco-vietnamien.